Codépendance : une question de limites

La question des limites est une des caractéristiques primaires de la codépendance. C’est à dire que le codépendant a du mal à définir où il finit et où commence l’autre personne. Par exemple, nous pouvons avoir du mal à définir la différence entre nos sentiments, nos problèmes, notre responsabilité, et les sentiments, problèmes, responsabilités de quelqu’un d’autre.
Souvent le problème n’est pas que nous prenions la responsabilité pour les autres, mais que nous nous sentions responsables pour eux. Notre capacité à nous définir et à nous distinguer nous-mêmes des autres est floue. Les frontières qui nous entourent sont floues. Les personnes avec des limites faibles semblent « prendre » ou absorber les sentiments des autres comme une éponge absorbe l’eau.
(ces notes sont tirées de Au delà de la codépendance, de Melody Beattie)

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Agir aisément

Ce slogan Alcooliques Anonymes était le thème de notre réunion ce jour-là.
Ce slogan me parle, à moi qui encore souvent, ne sais pas me comporter en société, qui reste muette sans trouver les mots, qui ai l’impression d’être une potiche, de ne pas être à ma place.
Ou alors, qui, dans un élan de spontanéité décalée, se met à dire n’importe quoi, au risque de choquer les autres, des paroles qui me nuisent.
J’aimerais tant être plus décontractée, ne pas me surveiller sans cesse !
Et je réalise aussi que dans mon cas de codépendante, agir aisément pourrait bien être, souvent, ne pas agir.
Me taire : ne pas donner de conseil ou d’opinion non sollicités. Attendre que les situations se règlent d’elles-mêmes sans mon intervention.
Je me promets de ne pas proposer de l’aide non sollicitée (pendant quelques temps au moins). J’en arrive à me dire que je ne suis pas obligée d’être gentille avec tout le monde, même ceux qui me traitent mal, et que d’ailleurs, il y a peut-être une relation de cause à effet entre mon comportement habituel et la façon de me traiter…
Comme il est difficile à une codépendante, de ne pas tout faire pour satisfaire le désir de l’autre, même non formulé, de ne pas s’écarteler pour faire plaisir à tout le monde à la fois, pour ne pas culpabiliser de ne tenter que 95% des possibilités !
Je me mets alors à réaliser quelques travaux pratiques, je me fais violence pour ne pas me lever et apporter un livre à la modératrice qui souhaite lire un passage de la littérature.

Oser dire bonjour

J’ai longtemps cru que la définition de la codépendance, c’était de m’approcher de ceux qui me déplaisent.
En fait, ce n’est pas cela : j’ai la faculté (chance ? privilège ? défaut de caractère ?) d’être un détecteur de toutes les causes de souffrance : laideur, taille, infirmité, solitude, maladie, tristesse, couleur de peau… L’expérience m’a appris combien il peut être dangereux d’offrir, ne serait-ce qu’un sourire, à un être en grande souffrance. Et en effet, les autres, les normaux, ont appris à ne pas regarder, ne pas fixer, ne pas créer d’interaction dangereuse. Pour ne pas être collé, pour ne pas qu’on nous raconte sa vie, qu’on nous drague, qu’on s’attache à nous, qu’on nous harcèle, également pour ne pas être amené à rejeter quelqu’un que l’on a approché.
Le programme des douze étapes m’apprend la voie du juste milieu, oser interagir avec l’autre et savoir se protéger de tous les excès. Pour moi, c’est apprendre à prendre congé avec gentillesse et fermeté… de plein de nouveaux amis qui enrichissent ma vie.

La culpabilité

Je voudrais remercier cette amie qui m’a donné par son exemple envie de cette gourmandise : « Etre bien tranquille chez soi et travailler ses étapes par écrit ».

Le livre de Mélodie Beattie « Douze étapes pour les codépendants » (toujours pas traduit en français) nous rappelle que :

Culpabilité et anxiété sont nos points faibles.

En faisant mes listes de 8ème étape (Mélodie Beattie propose trois listes : celle des personnes qui m’ont fait du tort, celle des personnes à qui j’ai fait du tort, et liste des torts que je me suis causés à moi-même), m’apparaît clairement le lien entre mon sentiment de culpabilité et la façon dont j’essaie de gérer des situations inextricables.
Exemples :
Je suis en présence de deux personnes qui ne se supportent pas, se disputent mon affection, m’interdisent de révéler leurs confidences, et je tends ma volonté pour que tout ait l’air normal.
J’ai bien souvent forcé mes sentiments pour essayer d’aimer de façon égale tous les membres de ma famille, et de maintenir l’égalité entre mes deux familles (maternelle et paternelle).
Je me reproche de ne pas arriver à me faire aimer par (ou de ne pas être présente suffisamment pour) les membres de cette famille qui ne m’ont pas montré un accueil constant (en d’autres termes m’ont rejetée).
Je porte un autre fardeau lourd de culpabilité envers les gens à qui j’ai dû dire non afin de me protéger, parce que j’étais incapable de répondre à leurs désirs (et pour moi les désirs des autres sont des ordres).
L’anxiété commence à m’envahir lorsque je commence à me perdre dans les listes de toutes les personnes à qui j’ai pu manquer.

Je suis reconnaissante pour ces découvertes faites en travaillant ma 8ème étape ce matin.

Le grand écart… mental

Je crois que ce qui nous rend si proches, les enfants d’alcooliques et nous autres codépendants, c’est que nous avons dû à un moment de notre vie, écarteler notre cerveau…

Fidélité au parent alcoolique, malgré la honte ou la peur et fidélité au parent non alcoolique, contrôlant, toujours en colère.

Dans mon cas, c’était la fidélité à mes deux familles malgré ma mère qui disait : tu dois aimer davantage ces grands-parents là car c’est eux qui t’ont élevée.

Une quatrième étape thématique

matin
Le livre de Melody Beattie (Codependent’s guide to the 12 steps) propose comme activité autour de la quatrième étape de s’attaquer à une question qui nous préoccupe.

J’ai commencé cette étape avec d’énormes ressentiments concernant plein de personnes et institutions au travail… pour finir par découvrir que j’avais finalement de bien maigres ressentiments.

Dans cet inventaire de quatrième étape, j’ai recherché, sur la suggestion de Beattie, les situations où je me sentais coupable bien que je n’aie rien à me reprocher.

C’est mon problème actuel, je suis dans le cerveau des autres, et j’intériorise toutes leurs attentes, toutes leurs façons de penser, tous leurs reproches supposés. Je cherche encore et toujours à être parfaite… à leurs yeux…

En plus, les autres me font peur, et la peur est, avec le ressentiment, mon pire ennemi. Je ne suis pas moi-même avec ces personnes dont j’ai peur, je ne leur réponds pas correctement, je dis ce que je crois qu’ils veulent entendre, je ne sais pas m’expliquer, et si je crains tellement les reproches, c’est parce que je crains de ne pas savoir y répondre.

Enfin, j’ai un dernier problème (identifié pour aujourd’hui), j’ai peur d’être lourde, d’être à peine tolérée, de faire perdre du temps aux autres, de leur coller aux basques, d’où une attitude toujours humble et suppliante qui met certains mal à l’aise. J’ai le droit de m’imaginer que certains ont peut-être envie de ma compagnie, et que c’est leur problème, non le mien, s’ils s’ennuient, et que c’est leur responsabilité de prendre congé et de s’éloigner.

Etre soi

Pour ne pas être un paillasson, il faut se tenir debout.

C’est la pensée du jour, et je suis contente d’apprendre que mon livre de lectures quotidiennes « Le courage de changer » est un livre de méditation.

A une réunion, une amie a attiré notre attention sur notre fragilité.

Comme cela me parle bien lorsque j’essaie d’analyser mes problèmes professionnels.

Il est des réussites que je n’atteindrai pas parce que je suis trop fragile, et des réalisations que je ne ferai pas parce que j’en suis incapable.

Mais j’ai le choix de me redresser, d’avoir confiance en moi sur d’autres points et de ne pas être un paillasson.

J’ai lu un très beau poème sur le site de « un passant anonyme« .

Je veux y ajouter ceci :

Dire la vérité t’a souvent causé des ennuis

Continue à dire la vérité quand même.

Et en guise de gratitude, je vous offre l’un des magnifiques couchers de soleil que j’ai le loisir d’admirer ces jours-ci.

coucher soleil