Codépendance : une question de limites

La question des limites est une des caractéristiques primaires de la codépendance. C’est à dire que le codépendant a du mal à définir où il finit et où commence l’autre personne. Par exemple, nous pouvons avoir du mal à définir la différence entre nos sentiments, nos problèmes, notre responsabilité, et les sentiments, problèmes, responsabilités de quelqu’un d’autre.
Souvent le problème n’est pas que nous prenions la responsabilité pour les autres, mais que nous nous sentions responsables pour eux. Notre capacité à nous définir et à nous distinguer nous-mêmes des autres est floue. Les frontières qui nous entourent sont floues. Les personnes avec des limites faibles semblent « prendre » ou absorber les sentiments des autres comme une éponge absorbe l’eau.
(ces notes sont tirées de Au delà de la codépendance, de Melody Beattie)

Vive les codépendants !


Le livre de Melody Beattie Vaincre la codépendance, explore tous les aspects de la personnalité codépendante, elle fait si bien mon portrait.
Pour guérir de cette maladie, rien de tel que le programme en douze étapes.
Le livre est un bijou, à lire, à relire et à méditer au quotidien. Il existe en livre de poche.

Voici quelques citations et tout d’abord une définition de la codépendance, due à Robert Subby

Des règles répressives empêchent le sujet d’exprimer ouvertement ses sentiments et d’aborder de manière directe les problèmes personnels et interpersonnels.

Autre définition : les codépendants sont des gens qui réagissent aux problèmes, aux souffrances, aux conditions de vie et au comportement des autres.

Personnellement, j’expérimente vraiment un bien-être, comme une drogue, lorsque je fais quelque chose pour les autres.

L’investissement en autrui suscite un accès momentané de bien-être, de contentement, de sensation de pouvoir. De la même manière que l’alcool aide provisoirement l’alcoolique à se sentir mieux, la démarche de sauvetage nous détourne temporairement de la souffrance qu’il y a à être ce que nous sommes. Nous ne nous sentons pas dignes d’être aimés : nous nous contentons de nous RENDRE INDISPENSABLES.

Que les codépendants aient l’air fragiles et impuissants ou solides et pleins de ressources, ce n’en sont pas moins des enfants craintifs, vulnérables et sans cesse en demande, avec un besoin déchirant d’amour et d’attention.

Il est dommage que notre comportement nous conduise à tant d’erreurs et tant de souffrance, parce que le monde serait encore plus dur sans les codépendants.

Les codépendants comptent parmi les êtres les plus aimants, les plus généreux, les plus bienveillants et les plus attentifs que je connaisse.
et
De tout temps, les codépendants ont dénoncé les injustices sociales et se sont battus pour défendre les droits de l’opprimé.

Oser dire bonjour

J’ai longtemps cru que la définition de la codépendance, c’était de m’approcher de ceux qui me déplaisent.
En fait, ce n’est pas cela : j’ai la faculté (chance ? privilège ? défaut de caractère ?) d’être un détecteur de toutes les causes de souffrance : laideur, taille, infirmité, solitude, maladie, tristesse, couleur de peau… L’expérience m’a appris combien il peut être dangereux d’offrir, ne serait-ce qu’un sourire, à un être en grande souffrance. Et en effet, les autres, les normaux, ont appris à ne pas regarder, ne pas fixer, ne pas créer d’interaction dangereuse. Pour ne pas être collé, pour ne pas qu’on nous raconte sa vie, qu’on nous drague, qu’on s’attache à nous, qu’on nous harcèle, également pour ne pas être amené à rejeter quelqu’un que l’on a approché.
Le programme des douze étapes m’apprend la voie du juste milieu, oser interagir avec l’autre et savoir se protéger de tous les excès. Pour moi, c’est apprendre à prendre congé avec gentillesse et fermeté… de plein de nouveaux amis qui enrichissent ma vie.

Une neuvième étape où je reçois une amende honorable !

Il faut encourager tous les amis à se lancer dans ces étapes si difficiles – huitième, neuvième – car elles nous aident à nous guérir de la culpabilité.

Selon la suggestion de Melody Beattie, j’ai fait mes trois listes : celle des personnes que j’ai lésées, celle des personnes qui m’ont lésée et la liste des torts que je me suis causés à moi-même.
Pour chaque nom sur ma première liste, je me suis demandé quelle était ma part de responsabilité. Une cause récurrente, c’est le mépris, la condescendance. C’est presque inné chez moi, ce réflexe de porter des jugements a priori sur les gens, dès le premier regard. Ma marraine m’a suggéré d’accepter ce défaut de caractère au lieu de toujours lutter sans succès contre lui, et depuis il s’estompe. J’ai identifié un cercle vicieux qui a été la cause de presque tous mes problèmes.

  1. Mépris (contre lequel je lutte), d’où
  2. Surcompensation (en faire trop, me forcer à aimer, codépendance) et ce jusqu’à
  3. Epuisement, mais comme je ne sais pas dire commencent
  4. Problèmes, clash, conflits dont je me console par le
  5. Mépris !

Le second point récurrent de ma problématique qui joue une grande part dans ce cercle vicieux est le fait de ne pas pouvoir dire, de ne pas avoir le droit de dire, de ne pas savoir dire les choses.

Suite à ce travail de 9ème étape, l’occasion m’a été offerte d’avoir une discussion honnête (dire enfin, oser dire) avec une personne de mon entourage, et c’est alors que cette personne m’a demandé pardon.

Ce programme est plein de merveilleuses surprises. Comme disent les anglo-saxons, travaille le, ça vaut la peine et tu en vaux la peine : Work it, it’s worth it and and you’re worth it !

La culpabilité

Je voudrais remercier cette amie qui m’a donné par son exemple envie de cette gourmandise : « Etre bien tranquille chez soi et travailler ses étapes par écrit ».

Le livre de Mélodie Beattie « Douze étapes pour les codépendants » (toujours pas traduit en français) nous rappelle que :

Culpabilité et anxiété sont nos points faibles.

En faisant mes listes de 8ème étape (Mélodie Beattie propose trois listes : celle des personnes qui m’ont fait du tort, celle des personnes à qui j’ai fait du tort, et liste des torts que je me suis causés à moi-même), m’apparaît clairement le lien entre mon sentiment de culpabilité et la façon dont j’essaie de gérer des situations inextricables.
Exemples :
Je suis en présence de deux personnes qui ne se supportent pas, se disputent mon affection, m’interdisent de révéler leurs confidences, et je tends ma volonté pour que tout ait l’air normal.
J’ai bien souvent forcé mes sentiments pour essayer d’aimer de façon égale tous les membres de ma famille, et de maintenir l’égalité entre mes deux familles (maternelle et paternelle).
Je me reproche de ne pas arriver à me faire aimer par (ou de ne pas être présente suffisamment pour) les membres de cette famille qui ne m’ont pas montré un accueil constant (en d’autres termes m’ont rejetée).
Je porte un autre fardeau lourd de culpabilité envers les gens à qui j’ai dû dire non afin de me protéger, parce que j’étais incapable de répondre à leurs désirs (et pour moi les désirs des autres sont des ordres).
L’anxiété commence à m’envahir lorsque je commence à me perdre dans les listes de toutes les personnes à qui j’ai pu manquer.

Je suis reconnaissante pour ces découvertes faites en travaillant ma 8ème étape ce matin.

Comment lui faire comprendre ?

J’ai hérité de ma famille dysfonctionnelle un regard hyper-critique sur les autres et la croyance que je détiens la solution pour toutes les situations.

C’est difficile quand on a une mère référence absolue dans des domaines aussi variés que le bon goût artistique, l’éducation des enfants, et la gestion de son temps, d’avoir une conversation qui porte sur autre chose que les commérages. C’est peut-être pour cela que les rencontres avec ma mère dérangent quelque peu ma sérénité intérieure. J’en suis à un stade où je suis déstabilisée par tout ce qu’elle me raconte sur les façons d’agir erronées (selon elle) des membres de sa famille. J’ai du mal à ne pas proposer moi aussi des solutions surtout quand elle me demande : Comment lui faire comprendre ? car j’ai longtemps été moi aussi celle qui a toujours raison.

Or, il est dit dans la formule de clôture des réunions Al-Anon :

Qu’il n’y ait pas de commérages ni de critiques. Au contraire, laissez grandir en vous un jour à la fois la compréhension, l’amour et la paix inspirés par le programme.

La page du 24 mai du livre « De l’espoir pour aujourd’hui » me rappelle que mes relations avec ma famille seront plus aimantes si je cesse de me concentrer sur les autres, si j’arrête de me laisser obséder par eux et de me lamenter sur ce qui ne va pas.
Je sais aussi, par la fréquentation de membres des fraternités anonymes que certaines personnes ne peuvent pas supporter qu’on leur dise ce qu’ils ont à faire et donc que tout conseil non sollicité ne pourrait être que contre-productif.
Le seul moyen que j’ai de lui faire comprendre, c’est d’avoir une attitude aimante, de me concentrer sur moi et d’appliquer le slogan « Vivre et laisser vivre« .

Les 3M : manipuler, materner, martyre

Mon enfance dans un foyer perturbé par la névrose m’a appris que dire les choses tout simplement pouvait être dangereux. Ainsi j’ai appris à obtenir ce que je voulais par des voies détournées, en contournant les réactions de l’autre, en jouant sur les touches sensibles qui le font agir, et que je connais si bien, comme par exemple jouer à la martyre…

Oui dire les choses simplement, exprimer mes besoins et mes désirs, peut générer des réactions chez l’autre, mais ce sont les réactions de l’autre, elle ne m’appartiennent pas, j’apprends à les affronter, à les supporter, à y survivre.

Materner, c’est encore et toujours mon hobby. Prévenir les besoins des autres, proposer des aides non sollicitées, donner encore et toujours, ce qui conduit à la lassitude, au ressentiment (« après tout ce que j’ai fait, comment se fait-il que ? « ), à l’impression d’être martyre.

Je découvre que je suis la personne qui me martyrise le plus.

Plus jamais martyre !

La page du 28 janvier de L’espoir pour aujourd’hui était particulièrement bien adaptée à la journée d’hier.

J’allais, pour une journée, retourner à mes vieux démons, me martyriser en travaillant trop, et cela me remplissait de souffrance par avance.

J’ai la possibilité, le désir, la capacité et le temps de faire tout ce que Dieu me confie, un jour à la fois. S’il me manque une de ces quatre choses, alors je dois lâcher prise en toute humilité et accepter mes limites.

Dans toutes mes journées, je dois me poser la question de savoir si ces 4 conditions sont réunies. Je peux examiner tous mes actes à la lueur de ces 4 critères, et ainsi dire non à la souffrance.

Arbres

Vocabulaire de rétablissement

Rétablissement : le fait d’aller mieux (un jour à la fois).

source : Melody Beattie Codependent’s guide to the twelve steps (traduction et résumé libres).

Addiction : un comportement pour lequel nous n’avons pas de contrôle, qui nous fait du tort mais que nous persistons à avoir.

Agenda caché : un plan secret ou une liste de besoins cachés dont on ne parle pas mais qui contrôle nos relations avec les autres. Pour le rétablissement, il vaut mieux éviter les gens avec un agenda pas sain (par exemple qui ont le besoin d’utiliser les autres et d’abuser d’eux).

Compulsions : des choses qu’on ne peut s’empêcher de faire. Dû souvent au fait de ne pas éprouver nos sentiments. Les comportements compulsifs nous aident à échapper à nos sentiments.

Contrôler : essayer de forcer les évènements, les comportements, la vie. Souvent c’est la peur qui nous pousse à vouloir contrôler.

Déni : le fait d’ignorer ce qui se passe, même sous nos yeux. Nous faisons cela pour nous protéger jusqu’à ce que nous soyons prêts à affronter la vérité.

Détachement : la première leçon de rétablissement. Apprendre les limites entre nous et une autre personne, lâcher prise vis-à-vis des autres, sur ce que nous ne pouvons pas contrôler, sur ce que nous ne pouvons pas changer.

Etre qui nous sommes : être vrai avec nous-mêmes, s’autoriser à exister, s’aimer, s’accepter, se chérir et se nourrir (spirituellement).

Lâcher prise : se donner la permission de se relaxer, et laisser les évènements arriver.

Limites : jusqu’où aller avec les autres, jusqu’où leur permettre d’aller avec nous.

Maternage : se sentir responsable des autres, de leurs sentiments, de leurs pensées, comportements, problèmes, choix et vies. Le maternage nous fait nous sentir utilisés, victimisés, non appréciés, et impuissants dans nos efforts.

Problématique : un point de débat et de controverse, un sujet qui doit être résolu.

Manipulation : essayer d’obtenir ce que nous voulons d’une manière indirecte et malhonnête, parce que nous avons peur de demander ce que nous voulons et d’essuyer un refus.

Nourrir (spirituellement) : tout ce qu’on fait pour cultiver la croissance et les sentiments sains, pour se sentir bien.

Obsession : utilisation de toute son énergie mentale dans des pensées improductives, souvent à propos d’une personne ou d’une situation.

Posséder son pouvoir (Owning our power ~être soi-même) : prendre la responsabilité de soi-même, de penser, ressentir, résoudre les problèmes et trouver son chemin. Pour cela, dire notre vérité, fixer des limites appropriées, ne pas tolérer les abus ou mauvais traitements, et parfois, être vulnérable.

Ressentiment : les ressentiments sont des sentiments de colère que nous n’avons pas traités, résolus, ou sur lesquels nous n’avons pas lâché prise. Ils se développent sur un fond de colère qui n’a pas été complètement ressenti.

Se rendre : accepter, laisser tomber, et laisser sa vie advenir. C’et un concept spirituel.

Travail non terminé : problèmes non résolus, sentiments, incidents passés qui constituent des problématiques auxquelles nous devons nous attaquer (commencer à les étudier).

Victime : quelqu’un qui souffre par sa faute ou la faute des autres. Nous croyions que nous étions des victimes. Nous savons que nous n’en sommes pas.

Une quatrième étape thématique

matin
Le livre de Melody Beattie (Codependent’s guide to the 12 steps) propose comme activité autour de la quatrième étape de s’attaquer à une question qui nous préoccupe.

J’ai commencé cette étape avec d’énormes ressentiments concernant plein de personnes et institutions au travail… pour finir par découvrir que j’avais finalement de bien maigres ressentiments.

Dans cet inventaire de quatrième étape, j’ai recherché, sur la suggestion de Beattie, les situations où je me sentais coupable bien que je n’aie rien à me reprocher.

C’est mon problème actuel, je suis dans le cerveau des autres, et j’intériorise toutes leurs attentes, toutes leurs façons de penser, tous leurs reproches supposés. Je cherche encore et toujours à être parfaite… à leurs yeux…

En plus, les autres me font peur, et la peur est, avec le ressentiment, mon pire ennemi. Je ne suis pas moi-même avec ces personnes dont j’ai peur, je ne leur réponds pas correctement, je dis ce que je crois qu’ils veulent entendre, je ne sais pas m’expliquer, et si je crains tellement les reproches, c’est parce que je crains de ne pas savoir y répondre.

Enfin, j’ai un dernier problème (identifié pour aujourd’hui), j’ai peur d’être lourde, d’être à peine tolérée, de faire perdre du temps aux autres, de leur coller aux basques, d’où une attitude toujours humble et suppliante qui met certains mal à l’aise. J’ai le droit de m’imaginer que certains ont peut-être envie de ma compagnie, et que c’est leur problème, non le mien, s’ils s’ennuient, et que c’est leur responsabilité de prendre congé et de s’éloigner.