La spiritualité

Avant ma rencontre avec les 12 étapes, quelqu’un de spirituel était quelqu’un qui me faisait rire.

Parce que mon groupe Al-Anon était en proie à des conflits de personnalités, il m’a fallu attendre une Convention Alcooliques Anonymes pour découvrir une autre spiritualité : une atmosphère si rare et si particulière de compréhension, d’acceptation, d’amour, de calme et de bien-être, qui permet aux vannes de s’ouvrir et aux larmes salutaires de couler.

Depuis j’associe la spiritualité à ce qui me fait pleurer.

Elle peut m’être offerte par cette personne qui parle si bien des bienfaits qu’Al-Anon lui a apportés, ou je la ressens en voyant cet AA changer au fil du temps, prendre de la force, de la consistance dans le mouvement. Elle peut  être présente dans un silence qui se prolonge sans tension, dans une formule qui me donne la chair de poule, dans la lecture des « douze promesses »*, dans la découverte d’une attitude de prière, dans le bien-être que j’éprouve en fin de réunion. Elle m’est apportée par des amis étrangers dont la présence fait bondir mon cœur du bonheur d’appartenir à une fraternité mondiale, et aussi lorsque je ressens des bouffées d’amour envers des personnes avec qui je ne m’entends pas particulièrement bien, ou lorsqu’un agnostique s’exprime sur la spiritualité.

Finalement, la spiritualité est dans l’acceptation, dans le sentiment que tout est en ordre, dans la prise de conscience des curieux raccourcis que ma Puissance Supérieure place sur mon chemin et dans la gratitude pour son étrange façon d’exaucer mes demandes.

*texte tiré du livre « De la survie au rétablissement, p269 »

L’honnêteté

Je remercie mes parents qui m’ont transmis cette valeur : ne pas voler, ne pas tricher…

Mais grâce à Al-Anon et à son merveilleux programme qui s’applique à tous les domaines de ma vie, je découvre de nouveaux sens à ce mot.

Etre honnête avec moi-même, c’est ne pas me leurrer dans l’attente d’un avenir meilleur, c’est reconnaître ma responsabilité d’être heureuse dès aujourd’hui.

L’honnêteté, c’est le contraire de la manipulation. J’apprends à exprimer mes attentes telles qu’elles sont en toute simplicité, sans chercher la meilleure façon d’arriver à mes fins. C’est ne pas faire du « lobbying » pour gagner d’autres personnes à ma cause, mais accepter de débattre ouvertement.

Enfin, j’apprends à exprimer un désaccord ou un reproche sans avoir peur des réactions de mon interlocuteur à qui j’attribuais auparavant ma sensibilité exacerbée.

Je continuerai à progresser avec l’exemple des « super » amis Al-Anon rencontrés dans le travail de Service, qui me sécurisent en m’écoutant avec bienveillance, et qui m’ont appris deux phrases fort utiles pour communiquer avec fermeté et amour :

« Merci de l’avoir dit » et « Je ne suis pas d’accord ».

Découvrir de nouveaux choix

Je trouve que ce thème de ce livre Al-Anon résume bien l’effet du programme de rétablissement, qui permet de mettre les choses en perspective, d’apporter un nouvel éclairage sur ma vie et mes comportements.

J’ai le choix. Je ne le savais pas. Au fil des pages de la littérature, je découvre des possibilités inconnues. Celle de laisser l’autre libre de faire ses propres erreurs, son propre apprentissage. J’ai le choix de me faire du mal en maintenant colère et ressentiment. Celui de confier mes peurs à ma PS et à des amis privilégiés, plutôt que de les laisser me paralyser. Au lieu de me précipiter tête baissée dans mes comportements stéréotypés de sauveur, je peux m’arrêter et appliquer le slogan « Penser ». Nous l’aimons beaucoup dans mon groupe. Je fais des travaux pratiques sur le thème : « ne pas faire ». La première fois, je me suis forcée à rester assise au lieu d’apporter un livre à quelqu’un qui souhaitait lire un passage. Avec le temps, cette attitude me devient plus naturelle. Nous travaillons aussi beaucoup sur le thème « Apprendre à dire non ». « Non merci »– fait désormais partie de mon vocabulaire. Cela me permet d’alléger mon emploi du temps et de préserver mon bien être. Et une gamme de plus en plus vaste de nouveaux choix dont je n’avais même pas conscience de la possibilité, s’ouvre à moi : je peux parler ou me taire, donner ou ne pas donner mon opinion, faire ou ne pas faire confiance.

Merci Al-Anon. Merci aux amis qui m’accompagnent sur ce chemin.

Libre de tout ressentiment

liste-retablissementC’est par la liste de leurs ressentiments que certains AA abordent leur quatrième étape.

Une amie m’a confié que sa liste comportait 400 ressentiments. Quel fardeau en effet, et comme ça peut faire du bien de s’en alléger ! Une bonne raison de s’atteler à son inventaire personnel.

Définition du ressentiment : en vouloir à quelqu’un, ruminer ses griefs. Dans ce terme, il y a également ressentir, les émotions interviennent mais ce sont des émotions négatives, qui font du mal.

Ce nouvel an, j’ai pris la résolution de vivre libre, libre de tout ressentiment.

Bien sûr, tous ne peuvent vous plaire également et j’ai appris, grâce à Al-Anon, et à ma grande surprise, que je ne pouvais pas plaire à tout le monde.

Pourtant c’est normal, puisque moi-même, je n’aime pas tout le monde également, et je n’ai parfois pas envie de parler à des personnes qui ne m’ont pourtant rien fait de mal.

Il existe même quelques personnes dont le nom me fait sursauter, et accélère mon rythme cardiaque.

Dans mes prières à ma Puissance Supérieure, je les place mentalement dans un doux cocon et je les imagine dans les nuages, détendus et heureux.

Je suis infiniment reconnaissante de cette liberté toute nouvelle qui me rend la vie plus légère.

La tolérance

J’ai toujours été prompte à juger les autres. Je les cataloguais au premier coup d’œil. J’ai tâché de toutes mes forces de lutter contre ce défaut, ce qui m’a conduite à me rapprocher de toutes les personnes que j’avais envie de fuir. Puis mon besoin de contrôle me faisait mettre tout en œuvre pour essayer de les façonner comme j’aurais voulu qu’ils soient. Au cours de mon travail de 4ème et 5ème étape, ma marraine m’a suggéré d’accepter mon impuissance devant ce défaut de caractère, ce qui a eu quelques effets positifs. Peut-être que je me suis arrêtée là et que je n’ai pas suffisamment demandé à ma Puissance Supérieure de me l’enlever.

Aujourd’hui je constate que j’ai parfois tendance à rechuter dans ce domaine.

Je me suis vue à l’œuvre au cours d’un stage de formation. Un des participants prenait sans arrêt la parole et me dérangeait mais la formatrice a accueilli toutes ses interventions avec bienveillance, mettant en pratique un principe qu’elle préconisait « Prends moi comme je suis ». Je me suis dit qu’elle me donnait une bonne leçon, digne d’Al-Anon.

Dans notre réunion Al-Anon, je ne suis pas toujours d’accord avec ce qui est dit : certaines personnes nouvelles venues préconisent par exemple de consulter un psychologue. L’avantage de ne pas se répondre, de ne pas faire de polémique, m’évite de me jeter dans la bataille pour la contredire, m’empêche de vouloir absolument la « recadrer » tout de suite. Au contraire, l’accueil de ce qui est dit, avec un large sourire, me fait du bien. Je constate que les nouveaux venus ont souvent beaucoup de choses à m’apprendre. Je tâche d’avoir cette attitude avec les amis trop bavards au téléphone. Au lieu de me dire « Tu lui demandes comment il va et il te fait son témoignage ! », je me demande ce que cette personne va pouvoir m’apprendre. Du coup j’écoute mieux.

Dans « Les voies du rétablissement » page 126 à propos de la 12ème étape, il y a un texte que je cite lorsque quelqu’un se plaint que quelque membre du groupe parle trop. Un miracle peut se produire si je change mon attitude vers plus de tolérance.

Mettre de l’ordre dans sa vie

J’ai toujours été convaincue qu’il ne faut pas changer radicalement demain mais s’améliorer un peu aujourd’hui. Et c’est tout le sens du programme Al-Anon de vie illustré par le titre même de deux livres de lectures quotidiennes : « Le courage de changer » et « Un jour à la fois ».
J’ai souvent entendu parler du désordre dans les réunions et le programme Al-Anon et je l’ai toujours pris au sens propre : le désordre de mon intérieur reflète mon désordre intérieur. Chez une de mes amies AEA (Adulte Enfant d’Alcoolique), le sol était jonché de papiers de toutes sortes. Et je dois avouer que chez moi, parfois, ce n’est guère mieux, il y a des objets et des papiers partout.
Je sais aujourd’hui que j’ai besoin d’ordre pour mon bien-être, et que je dois m’atteler à la tâche de ranger, d’élaguer, de jeter, et cela dès maintenant ; e pas attendre comme dans d’autres domaines de ma vie, un hypothétique futur plus propice.
C’est cela, le programme Al-Anon. La page du 31 juillet du « Courage de changer » nous suggère de commencer à faire du ménage dans notre vie, petit à petit, « un jour à la fois ».

Al-Anon, comment ça peut marcher ?

De nombreuses personnes arrivent en Al-Anon, cherchant comment provoquer le déclic pour obliger l’alcoolique à se soigner.
Ils espèrent trouver les mots pour le forcer à avouer qu’il boit, et croient que cet aveu aura des effets extraordinaires.
Ils s’indignent que la personne la plus proche de l’alcoolique, ne fasse rien, ils veulent remuer ciel et terre… (c’est ignorer que cette personne a probablement déjà tout tenté !)

Comment Al-Anon peut-il aider en sachant que nous ne proposons pas de solution miracle ?
Que tout ne sera pas réglé en une séance, et qu’il faudra fréquenter le groupe pour longtemps.
Qu’il n’est pas important que l’alcoolique avoue ou pas par des mots sa maladie.
Que le chemin qui mène à la cure et éventuellement à la sobriété peut prendre des années .
Qu’il n’y a même aucune garantie que cela arrive un jour.
Qu’on ne peut rien faire pour l’alcoolique à sa place, et donc que la seule marge de manoeuvre est de se changer soi-même.
Que la cure ne marchera bien que quand l’alcoolique sera prêt.
Que c’est au proche du malade alcoolique de s’avouer qu’il est lui-même terriblement affecté par cette terrible maladie, et qu’il a perdu la maîtrise de sa vie. J’ai entendu plusieurs membres Al-Anon dire qu’Al-Anon leur avait sauvé la vie, qu’ils se perdaient dans la colère, l’activisme, le désespoir…
Que quitter le rôle du sauveteur peut aider l’alcoolique à assumer les conséquences de ses excès, et c’est vrai pour les parents, enfants, conjoints, employeurs… toutes personnes qui réparent, faignent de ne rien voir, permettant ainsi à l’alcoolique de boire en toute tranquillité.
Qu’au lieu d’être interventionniste, il faut se détacher – mais avec amour – du malade. Par exemple enlever de son chemin ce qu’il risque de casser…
Que prendre soin de soi aidera toute la famille à aller mieux. Qu’aller en réunion pour déposer son fardeau, recevoir de l’aide et de l’amitié, c’est s’occuper de soi.
Qu’une Puissance Supérieure peut faire pour nous ce que nous sommes incapables de faire nous-même, y compris protéger le malade.
Que l’on peut vivre heureux, que l’alcoolique boive encore ou non.
Que c’est parfois lorsque la sobriété est enfin trouvée, qu’on a le plus besoin d’Al-Anon.

*je ne dis pas que le déclic ne se produira jamais, certains peuvent – rarement – avoir cette chance

Pensées et sigles Al-Anon

pensées écrites sur un bloc-notes à l’issue d’une rencontre spirituelle au Royaume Uni.

  • Rien ne change si rien ne change.
  • La seule chose instantanée en rétablissement est le café.
  • Quand quelqu’un dit qu’il va bien (is fine), ça veut souvent dire : plein de peur, de sensation d’insécurité, de névrose et d’émotions (fearful, insecure, neurotic and emotional)
  • Pour être libre émotionnellement, nous devons nous libérer émotionnellement. Nous le faisons en exprimant nos sentiments les plus difficiles.
  • Le courage est la peur qui dit ses prières.
  • Prendre la boule de coton de nos oreilles et la mettre dans notre bouche.

Certains intraduisibles sont laissés en anglais pour le Passant
H.O.W. do we do the steps ? With Honesty, Openness and Willingness. Comment est-ce que nos faisons les étapes ? Avec honnêteté, ouverture et bonne volonté.
The 3 Rs – Retreat, Rethink, Respond Les trois R. (capituler, repenser, répondre)
D.E.T.A.C.H. Do Everything To Accept Change Happens Fais tout pour accepter que le changement se produit
T.R.U.S.T. Try Really Using Step Three Essaye vraiment d’utiliser la 3ème étape

Ici on ne discute pas !

Un sondage du Passant Anonyme m’inspire ce post.
Voici ce que ne sont pas les réunions Al-Anon auxquelles j’assiste.
Ici on ne discute pas autour d’une tasse de thé sur le temps qu’il fait, sur les malheurs du monde, ni sur la politique.
On ne commère pas sur les faits et gestes et les défauts des autres.
On n’énumère pas les misères que nous ont fait nos malades alcooliques préférés ou haïs, c’est même rare qu’on parle d’eux.
On ne se perd pas dans la litanie de nos soucis.
On se concentre sur nous et sur l’essentiel. On ne monopolise pas le temps de parole, on respecte celui des autres, on écoute sans interrompre.
On ne pose pas de questions ou alors on se les pose à soi-même, on n’attend pas de réponse.
On n’a pas de solution miracle.

Et pourtant ça marche !
Ca marche parce que toutes les conditions réunies plus haut font que la réunion est une expérience spirituelle.

Les douze promesses d’Al-Anon

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Si nous nous soumettons volontairement à la discipline spirituelle des Douze Etapes, notre vie sera transformée. Nous acquerrons de la maturité, nous deviendrons des personnes responsables, ayant une grande capacité de joie, de plénitude et d’émerveillement. Bien que nous ne pourrons jamais être parfaits, notre progrès spirituel constant nous révélera notre énorme potentiel.

Nous découvrirons que nous sommes à la fois dignes d’amour et capables d’aimer. Nous aimerons les autres sans nous oublier et nous apprendrons à accepter l’amour en retour. Notre vision des choses qui, autrefois, était embrouillée et confuse, s’éclaircira et nous serons capables de percevoir la réalité et de reconnaître la vérité. Le courage et l’amitié remplaceront la peur. Nous serons en mesure de risquer l’échec pour développer de nouveaux talents restés cachés. Notre vie, peu importe à quel point elle est ravagée et s’est dégradée, nous apportera de l’espoir que nous pourrons transmettre aux autres.

Nous commencerons à prendre conscience de nos sentiments et nous en viendrons à connaître la vaste gamme de nos émotions, mais nous n’en serons pas esclaves. Nous ne serons plus liés par nos secrets dans la honte. A mesure que nous acquerrons la capacité de nous pardonner, de pardonner à notre famille et au monde entier, nos choix se multiplieront. Nous nous affirmerons avec dignité, mais sans nous opposer à nos proches. La sérénité et la paix seront significatives pour nous, tant que nous permettrons que notre vie et celle des personnes que nous aimons s’écoulent jour après jour dans l’harmonie, la paix et la grâce de Dieu.

Comme nous ne serons plus terrifiés, nous découvrirons que nous sommes libres de prendre plaisir aux paradoxes, aux mystères et aux merveilles de la vie. Nous rirons davantage. La foi remplacera la peur et la gratitude deviendra une seconde nature à mesure que nous constaterons que notre Puissance Supérieure fait pour nous ce que nous sommes incapables de faire nous-mêmes.

Ce texte est tiré du livre : «De la Survie au Rétablissement », p169, destiné plus spécialement aux enfants adultes d’alcooliques. On peut se le procurer en réunion Al-Anon.