La 7ème étape de Melody Beattie

Il y a des choses à propos de nous-mêmes dont nous devons nous débarrasser ; il y a des choses que nous devons changer. Mais en même temps, ce n’est pas la peine d’être trop désespérés, trop impitoyables, trop combatifs. Sur le chemin du bonheur, de nombreuses choses vont changer d’elles-mêmes et les autres, nous pouvons les travailler au fur et à mesure. La première chose à faire est de reconnaître notre Nature Intérieure et de lui faire confiance, et de ne pas la perdre de vue. Car à l’intérieur du vilain petit canard se trouve le cygne et dans le tigre bondissant se trouve le sauveteur qui connaît le Chemin, et dans chacun de nous se trouve quelque chose de spécial qu’il faut garder. – Benjamin Hoff, The Tao of Pooh

La peur de cette étape, dit Melody Beattie, était que si Dieu enlevait ses défauts de caractère, elle n’était pas sûre qu’il reste quelque chose ensuite.

Les étapes 6 et 7 sont des étapes de transformation.

Voici quelques exercices proposés à la fin du chapitre sur  la 7ème étape de Codependent’s guide to the twelve steps.

  1. Quels sont vos peurs au sujet d’être changé ? Ecrivez-les ou parlez-en à une autre personne.
  2. Comment vous êtes-vous déjà vu changer ? Dans quelle mesure avez-vous besoin de changer ? A quel point avez-vous reçu le pouvoir de le faire ? Réfléchissez sur la nature graduelle et naturelle du changement dans votre vie.
  3. Ecrire des lettres est un de mes outils favoris. Ecrivez une lettre à Dieu tel que vous le concevez. Dans cette lettre, parlez de ce qui vous dérange et de ce que vous voudriez voir changer à votre sujet. Demandez à Dieu de vous aider à changer les choses en vous et dans votre vie qui doivent être changées.
  4. Si vous avez des doutes sur les défauts de caractère sur lesquels travailler maintenant, demandez à Dieu de vous montrer clairement quelles sont les questions dans votre vie qui seraient améliorées si vous travailliez les sixième et septième étapes à leur sujet.
  5. Faites une visualisation créative à votre sujet. Visualisez-vous mentalement tel que vous voudriez devenir. Voyez-vous en train de faire et d’être tout ce que vous voulez faire et être. Puis lâchez prise sur ce sujet. Revenez au moment présent. Affirmez que qui vous êtes est quelqu’un de bien. Affirmez l’acceptation et l’amour de vous-même dans le moment présent.

La spiritualité

Avant ma rencontre avec les 12 étapes, quelqu’un de spirituel était quelqu’un qui me faisait rire.

Parce que mon groupe Al-Anon était en proie à des conflits de personnalités, il m’a fallu attendre une Convention Alcooliques Anonymes pour découvrir une autre spiritualité : une atmosphère si rare et si particulière de compréhension, d’acceptation, d’amour, de calme et de bien-être, qui permet aux vannes de s’ouvrir et aux larmes salutaires de couler.

Depuis j’associe la spiritualité à ce qui me fait pleurer.

Elle peut m’être offerte par cette personne qui parle si bien des bienfaits qu’Al-Anon lui a apportés, ou je la ressens en voyant cet AA changer au fil du temps, prendre de la force, de la consistance dans le mouvement. Elle peut  être présente dans un silence qui se prolonge sans tension, dans une formule qui me donne la chair de poule, dans la lecture des « douze promesses »*, dans la découverte d’une attitude de prière, dans le bien-être que j’éprouve en fin de réunion. Elle m’est apportée par des amis étrangers dont la présence fait bondir mon cœur du bonheur d’appartenir à une fraternité mondiale, et aussi lorsque je ressens des bouffées d’amour envers des personnes avec qui je ne m’entends pas particulièrement bien, ou lorsqu’un agnostique s’exprime sur la spiritualité.

Finalement, la spiritualité est dans l’acceptation, dans le sentiment que tout est en ordre, dans la prise de conscience des curieux raccourcis que ma Puissance Supérieure place sur mon chemin et dans la gratitude pour son étrange façon d’exaucer mes demandes.

*texte tiré du livre « De la survie au rétablissement, p269 »

Que faire après la 5ème étape ?

Pour ceux qui ont décidé que leur rétablissement dépendait d’eux-seuls, et qu’il fallait travailler pour « avoir ce que vous avez et qui semble si bien », Al-Anon propose l’inventaire 4ème étape.  Cela sera suivi par la 5ème étape qui consiste à avouer à nous-mêmes, à notre PS et à un autre être humain la nature exacte de nos torts. Là encore, il faut avoir progressé en humilité pour oser mettre son âme à nu même devant une personne de confiance, mais les résultats sont à la hauteur de l’investissement.

Et après ?

Nous nous dirigeons vers la huitième étape qui fera tellement de bien et mettra un terme à la culpabilité, en nous envoyant faire des amendes honorables à tous ceux que nous avons lésés. Dans ce chemin, il nous faut franchir la 6ème et la 7ème étape.

J’aime beaucoup la façon qu’a Melody Beattie d’aborder ces deux étapes dans Codependent’s Guide to the Twelve Steps.

Elle propose notamment une série de questions à travailler, qui vont prendre la suite de notre inventaire personnel :

1- Quelles sont les croyances, comportements, sentiments, désirs et besoins qui vous posent problème actuellement ? (commencez par affirmer que vous commencez à être prêt à lâcher prise sur ces sujets)

2- En quoi votre vie serait-elle différente si vous croyiez que vous pouvez simplement vous détendre et laisser ce processus appelé rétablissement vous arriver tout seul ?

3- Faites la liste de tout ce que vous voudriez voir changé en ce qui vous concerne. Cela comprend : les choses que vous voudriez cesser de faire, les choses que vous voudriez commencer à faire, et le travail sur votre famille que vous voudriez réaliser, les choses que vous voudriez obtenir. Mettez sur cette liste tout ce que vous voudriez comme faisant partie de votre vie future. Puis mettez cette liste de côté et lâchez-prise sur tout ce qu’elle contient.

4- Croyez-vous qu’il est prudent de faire confiance à une Puissance Supérieure et à ce processus appelé rétablissement ?

L’honnêteté

Je remercie mes parents qui m’ont transmis cette valeur : ne pas voler, ne pas tricher…

Mais grâce à Al-Anon et à son merveilleux programme qui s’applique à tous les domaines de ma vie, je découvre de nouveaux sens à ce mot.

Etre honnête avec moi-même, c’est ne pas me leurrer dans l’attente d’un avenir meilleur, c’est reconnaître ma responsabilité d’être heureuse dès aujourd’hui.

L’honnêteté, c’est le contraire de la manipulation. J’apprends à exprimer mes attentes telles qu’elles sont en toute simplicité, sans chercher la meilleure façon d’arriver à mes fins. C’est ne pas faire du « lobbying » pour gagner d’autres personnes à ma cause, mais accepter de débattre ouvertement.

Enfin, j’apprends à exprimer un désaccord ou un reproche sans avoir peur des réactions de mon interlocuteur à qui j’attribuais auparavant ma sensibilité exacerbée.

Je continuerai à progresser avec l’exemple des « super » amis Al-Anon rencontrés dans le travail de Service, qui me sécurisent en m’écoutant avec bienveillance, et qui m’ont appris deux phrases fort utiles pour communiquer avec fermeté et amour :

« Merci de l’avoir dit » et « Je ne suis pas d’accord ».

Découvrir de nouveaux choix

Je trouve que ce thème de ce livre Al-Anon résume bien l’effet du programme de rétablissement, qui permet de mettre les choses en perspective, d’apporter un nouvel éclairage sur ma vie et mes comportements.

J’ai le choix. Je ne le savais pas. Au fil des pages de la littérature, je découvre des possibilités inconnues. Celle de laisser l’autre libre de faire ses propres erreurs, son propre apprentissage. J’ai le choix de me faire du mal en maintenant colère et ressentiment. Celui de confier mes peurs à ma PS et à des amis privilégiés, plutôt que de les laisser me paralyser. Au lieu de me précipiter tête baissée dans mes comportements stéréotypés de sauveur, je peux m’arrêter et appliquer le slogan « Penser ». Nous l’aimons beaucoup dans mon groupe. Je fais des travaux pratiques sur le thème : « ne pas faire ». La première fois, je me suis forcée à rester assise au lieu d’apporter un livre à quelqu’un qui souhaitait lire un passage. Avec le temps, cette attitude me devient plus naturelle. Nous travaillons aussi beaucoup sur le thème « Apprendre à dire non ». « Non merci »– fait désormais partie de mon vocabulaire. Cela me permet d’alléger mon emploi du temps et de préserver mon bien être. Et une gamme de plus en plus vaste de nouveaux choix dont je n’avais même pas conscience de la possibilité, s’ouvre à moi : je peux parler ou me taire, donner ou ne pas donner mon opinion, faire ou ne pas faire confiance.

Merci Al-Anon. Merci aux amis qui m’accompagnent sur ce chemin.

Le ressentiment

Dans mon inventaire de 10ème étape quotidien, il me faut traquer le ressentiment.

Dans notre grand cahier Plan pour notre progrès, il existe tout un chapitre sur ce sujet ; on y trouve aussi cette citation d’un membre  Al-Anon : « Le ressentiment, un poison que je prends en espérant que vous allez en mourir. »

Il faut le traquer, parce que j’avais l’impression de ne plus en avoir. Consciemment j’aime tout le monde et je prie pour ceux qui me plaisent moins que les autres, mais si j’examine mes propos dans ce qu’ils peuvent comporter d’agressivité et de violence, je découvre qu’ils expriment des ressentiments de longue date. Ce poison a tendance à contaminer mes réactions, à durcir mes interventions, à rigidifier ma pensée, sans que je m’en rende compte.

Faire la liste de mes ressentiments aujourd’hui me permet d’en prendre conscience, de les avouer à moi-même, de les partager avec une autre personne. Il n’est pas rare qu’une difficulté partagée s’évanouisse. Oui, j’en veux à telle personne de m’avoir imposé ceci ou cela, d’avoir (peut-être) eu raison sur certains points, ou de m’avoir touchée là où ça fait mal, vous savez, lorsque je vois en moi ce que j’ai tendance à reprocher aux autres…

Ensuite, j’ai l’espoir que cette expérience soit une étape de croissance spirituelle. En tout cas, j’ai appris quelque chose sur moi.

Libre de tout ressentiment

liste-retablissementC’est par la liste de leurs ressentiments que certains AA abordent leur quatrième étape.

Une amie m’a confié que sa liste comportait 400 ressentiments. Quel fardeau en effet, et comme ça peut faire du bien de s’en alléger ! Une bonne raison de s’atteler à son inventaire personnel.

Définition du ressentiment : en vouloir à quelqu’un, ruminer ses griefs. Dans ce terme, il y a également ressentir, les émotions interviennent mais ce sont des émotions négatives, qui font du mal.

Ce nouvel an, j’ai pris la résolution de vivre libre, libre de tout ressentiment.

Bien sûr, tous ne peuvent vous plaire également et j’ai appris, grâce à Al-Anon, et à ma grande surprise, que je ne pouvais pas plaire à tout le monde.

Pourtant c’est normal, puisque moi-même, je n’aime pas tout le monde également, et je n’ai parfois pas envie de parler à des personnes qui ne m’ont pourtant rien fait de mal.

Il existe même quelques personnes dont le nom me fait sursauter, et accélère mon rythme cardiaque.

Dans mes prières à ma Puissance Supérieure, je les place mentalement dans un doux cocon et je les imagine dans les nuages, détendus et heureux.

Je suis infiniment reconnaissante de cette liberté toute nouvelle qui me rend la vie plus légère.

La tolérance

J’ai toujours été prompte à juger les autres. Je les cataloguais au premier coup d’œil. J’ai tâché de toutes mes forces de lutter contre ce défaut, ce qui m’a conduite à me rapprocher de toutes les personnes que j’avais envie de fuir. Puis mon besoin de contrôle me faisait mettre tout en œuvre pour essayer de les façonner comme j’aurais voulu qu’ils soient. Au cours de mon travail de 4ème et 5ème étape, ma marraine m’a suggéré d’accepter mon impuissance devant ce défaut de caractère, ce qui a eu quelques effets positifs. Peut-être que je me suis arrêtée là et que je n’ai pas suffisamment demandé à ma Puissance Supérieure de me l’enlever.

Aujourd’hui je constate que j’ai parfois tendance à rechuter dans ce domaine.

Je me suis vue à l’œuvre au cours d’un stage de formation. Un des participants prenait sans arrêt la parole et me dérangeait mais la formatrice a accueilli toutes ses interventions avec bienveillance, mettant en pratique un principe qu’elle préconisait « Prends moi comme je suis ». Je me suis dit qu’elle me donnait une bonne leçon, digne d’Al-Anon.

Dans notre réunion Al-Anon, je ne suis pas toujours d’accord avec ce qui est dit : certaines personnes nouvelles venues préconisent par exemple de consulter un psychologue. L’avantage de ne pas se répondre, de ne pas faire de polémique, m’évite de me jeter dans la bataille pour la contredire, m’empêche de vouloir absolument la « recadrer » tout de suite. Au contraire, l’accueil de ce qui est dit, avec un large sourire, me fait du bien. Je constate que les nouveaux venus ont souvent beaucoup de choses à m’apprendre. Je tâche d’avoir cette attitude avec les amis trop bavards au téléphone. Au lieu de me dire « Tu lui demandes comment il va et il te fait son témoignage ! », je me demande ce que cette personne va pouvoir m’apprendre. Du coup j’écoute mieux.

Dans « Les voies du rétablissement » page 126 à propos de la 12ème étape, il y a un texte que je cite lorsque quelqu’un se plaint que quelque membre du groupe parle trop. Un miracle peut se produire si je change mon attitude vers plus de tolérance.

Dans spirituel, il y a rituel…

J’ai rencontré la spiritualité dans les fraternités en douze étapes.
J’ai entendu parler d’un programme et ça m’a fait envie :

Si vous voulez ce que nous avons…

dit le préambule des Alcooliques Anonymes.
Ma progression spirituelle nécessite une pratique disciplinée qui devient un mode de vie.
1- Lire quotidiennement la page du jour (selon les années je lis « Un jour à la fois » des Emotifs Anonymes, « Le courage de changer » ou « De l’espoir pour aujourd’hui » d’Al-Anon). Je pense que ces textes ont été écrits par des personnes hautement éclairées et j’en redécouvre de nouveaux aspects chaque année.
2- M’agenouiller pour prier ma Puissance Supérieure. La conception que j’en ai évolue au fil du temps, elle a parfois ressemblé au « Dieu » des religions de mon enfance, en plus aimant… Ma prière est simple, je pense simplement à remercier. Puis je demande d’être protégée ainsi que les personnes qui me sont chères… parfois j’inclus les fraternités anonymes dans ma prière.
3- Aller en réunion chaque semaine sans me demander si j’en ai envie ou pas.

Si je suis assidue à ce programme, le reste viendra tout seul.

Mettre de l’ordre dans sa vie

J’ai toujours été convaincue qu’il ne faut pas changer radicalement demain mais s’améliorer un peu aujourd’hui. Et c’est tout le sens du programme Al-Anon de vie illustré par le titre même de deux livres de lectures quotidiennes : « Le courage de changer » et « Un jour à la fois ».
J’ai souvent entendu parler du désordre dans les réunions et le programme Al-Anon et je l’ai toujours pris au sens propre : le désordre de mon intérieur reflète mon désordre intérieur. Chez une de mes amies AEA (Adulte Enfant d’Alcoolique), le sol était jonché de papiers de toutes sortes. Et je dois avouer que chez moi, parfois, ce n’est guère mieux, il y a des objets et des papiers partout.
Je sais aujourd’hui que j’ai besoin d’ordre pour mon bien-être, et que je dois m’atteler à la tâche de ranger, d’élaguer, de jeter, et cela dès maintenant ; e pas attendre comme dans d’autres domaines de ma vie, un hypothétique futur plus propice.
C’est cela, le programme Al-Anon. La page du 31 juillet du « Courage de changer » nous suggère de commencer à faire du ménage dans notre vie, petit à petit, « un jour à la fois ».