Marie, 50 ans, épouse d’alcoolique

Je suis venue chez Al-Anon parce que je suis mariée avec un alcoolique. Un alcoolique qui refuse que ce terme s’applique à lui.

Toute notre vie passée a été sous le signe de l’alcool, notre rencontre et la tournée des bars, notre distraction, prendre un pot ensemble. Et c’était très agréable (et les pots sont toujours agréables au début) parce qu’on communique bien. Jusqu’à ce qu’après la deuxième bière, il devienne évident que la soirée va continuer sous le signe de l’alcool et que mon plaisir va se transformer en déplaisir.

C’est ce qu’on appelle une allergie à l’alcool, le fait de ne plus pouvoir s’arrêter. Passé la deuxième bière, il est inéluctable qu’il va continuer à boire (et refuser de manger tant qu’il n’aura pas fini de boire). Au début, j’avais peur qu’il fasse un coma et j’attendais pour lui donner à manger à la petite cuillère. Au début, je lui achetais du whisky et je collectionnais les points cadeaux. Puis j’ai compris qu’il boirait tout ce qui passait à sa portée et j’ai cessé d’acheter de l’alcool. Ensuite, j’ai pensé que je pouvais contrôler son état d’ivresse en ayant toujours à la maison des stocks de bières légères. Et le résultat, c’est qu’il s’est mis à boire presque tous les jours, nous appelons cela entre nous « la marinade ». Auparavant, après une forte saoulée, dégoûté de lui-même, il restait sobre pendant quelques jours. Maintenant, c’est rare qu’il ne boive pas. J’ai cru que je pouvais contrôler sa consommation en lui préparant quelque chose de tentant à manger, puisque c’est soit manger, soit boire. Et j’avais l’impression que parfois ça marchait (et parfois ça marchait pas). Il m’est arrivé de l’empêcher de boire en réussissant à lui faire avaler une feuille de salade ! J’ai cru que s’il prenait le café tard, il serait moins tenté, que si le repas était moins salé, ou que si je ne mettais pas d’ail, il ne sentirait pas cette soif. Aussi dès midi, je bandais mon esprit pour tenter d’éviter qu’il boive le soir.

Quand ça devenait inévitable, nous avions une brève joute verbale, et il finissait toujours pas obtenir mon autorisation d’aller acheter de l’alcool. Vers 18h, l’heure fatidique du pot, mon esprit était complètement vide, je tentais désespérément de proposer quelque chose, une promenade, mais nous n’avions que cette distraction en commun.

J’avais perdu la maîtrise de ma vie.

J’ai dû finir par reconnaître mon impuissance à contrôler cette maladie évolutive qu’est l’alcoolisme. J’ai lu un livre « Ces femmes qui aiment trop » de Robin Norwood, je trouve que le titre est mal choisi, il ne s’agit pas d’amour, mais je me suis reconnue dans ce personnage de femme malade à force de m’occuper des autres. Or en prenant en charge l’alcoolique, on l’empêche de toucher le fond et on le conforte dans sa maladie. On paie les factures, on conduit pour lui éviter la prison pour état d’ivresse, on élimine les verres vides pour cacher la maladie aux voisins, à la famille, et ce faisant on se coupe du monde, on ne vit plus pour soi-même.

Ce livre parlait d’Al-Anon, c’est ce qui m’a décidée à participer à ces groupes. Je reconnais mon impuissance à le guérir, je cesse de me voiler la face en me persuadant que plus tard, ça ira mieux. J’apprends à vivre pour moi-même, à assumer les conséquences de ses actes, sans le juger, car c’est une maladie et que c’est quelqu’un de vraiment chouette !

J’ai renoué avec ma famille, je n’ai plus peur qu’ils apprennent la vérité (les gens sont indulgents avec les alcooliques).

J’ajoute qu’à Al-Anon, j’ai appris le détachement devant ce que je ne peux changer, et que beaucoup de ces acquis me sont utiles dans ma vie professionnelle. A Al-Anon, j’ai aussi trouvé une famille, à qui parler de ce genre de problèmes qu’on ne peut d’habitude pas partager.

Et, oserai-je ajouter, je suis heureuse, nous avons une belle vie, mon mari alcoolique et moi.

Je ne suis pas enfant d’alcoolique, mais je suis codépendante – nous le sommes tous dans ma famille, il y a sans doute une raison à cela – et j’ai découvert, peut-être, une grand-mère alcoolique…

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