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Le grand écart… mental

Je crois que ce qui nous rend si proches, les enfants d’alcooliques et nous autres codépendants, c’est que nous avons dû à un moment de notre vie, écarteler notre cerveau…

Fidélité au parent alcoolique, malgré la honte ou la peur et fidélité au parent non alcoolique, contrôlant, toujours en colère.

Dans mon cas, c’était la fidélité à mes deux familles malgré ma mère qui disait : tu dois aimer davantage ces grands-parents là car c’est eux qui t’ont élevée.

Une quatrième étape thématique

matin
Le livre de Melody Beattie (Codependent’s guide to the 12 steps) propose comme activité autour de la quatrième étape de s’attaquer à une question qui nous préoccupe.

J’ai commencé cette étape avec d’énormes ressentiments concernant plein de personnes et institutions au travail… pour finir par découvrir que j’avais finalement de bien maigres ressentiments.

Dans cet inventaire de quatrième étape, j’ai recherché, sur la suggestion de Beattie, les situations où je me sentais coupable bien que je n’aie rien à me reprocher.

C’est mon problème actuel, je suis dans le cerveau des autres, et j’intériorise toutes leurs attentes, toutes leurs façons de penser, tous leurs reproches supposés. Je cherche encore et toujours à être parfaite… à leurs yeux…

En plus, les autres me font peur, et la peur est, avec le ressentiment, mon pire ennemi. Je ne suis pas moi-même avec ces personnes dont j’ai peur, je ne leur réponds pas correctement, je dis ce que je crois qu’ils veulent entendre, je ne sais pas m’expliquer, et si je crains tellement les reproches, c’est parce que je crains de ne pas savoir y répondre.

Enfin, j’ai un dernier problème (identifié pour aujourd’hui), j’ai peur d’être lourde, d’être à peine tolérée, de faire perdre du temps aux autres, de leur coller aux basques, d’où une attitude toujours humble et suppliante qui met certains mal à l’aise. J’ai le droit de m’imaginer que certains ont peut-être envie de ma compagnie, et que c’est leur problème, non le mien, s’ils s’ennuient, et que c’est leur responsabilité de prendre congé et de s’éloigner.

Etre soi

Pour ne pas être un paillasson, il faut se tenir debout.

C’est la pensée du jour, et je suis contente d’apprendre que mon livre de lectures quotidiennes “Le courage de changer” est un livre de méditation.

A une réunion, une amie a attiré notre attention sur notre fragilité.

Comme cela me parle bien lorsque j’essaie d’analyser mes problèmes professionnels.

Il est des réussites que je n’atteindrai pas parce que je suis trop fragile, et des réalisations que je ne ferai pas parce que j’en suis incapable.

Mais j’ai le choix de me redresser, d’avoir confiance en moi sur d’autres points et de ne pas être un paillasson.

J’ai lu un très beau poème sur le site de “un passant anonyme“.

Je veux y ajouter ceci :

Dire la vérité t’a souvent causé des ennuis

Continue à dire la vérité quand même.

Et en guise de gratitude, je vous offre l’un des magnifiques couchers de soleil que j’ai le loisir d’admirer ces jours-ci.

coucher soleil

De l’espoir pour aujourd’hui

C’est le “Un jour à la fois” écrit par les enfants d’alcooliques.

Et il me parle si bien à moi qui ne suis qu’une codépendante !

Par exemple je lis dans la page du jour le 5 octobre :

Mes choix reflètent mon opinion de moi et la relation que j’entretiens avec moi-même

Je dois cesser de me laisser maltraiter avec la croyance que je peux tout supporter (qui cache peut-être la croyance que je ne vaux pas grand chose sans cela…)

Là où il y a du ressentiment, c’est le signe qu’il faut lâcher prise

Robin Norwood décrit si bien dans Ces femmes qui aiment trop, cette attitude qui consiste à en faire trop tout en ayant un dialogue intérieur plein de revendications et le sentiment d’être un martyr.

Comme il est dur de concilier dans la vie des groupes douze étapes la liberté de chacun et la participation pour que le groupe soit fort et vivant !

J’ai souvent envie de pousser des coups de gueule : venez régulièrement que diable ! Participer c’est contribuer à transmettre le message. Faites ce que vous avez dit, que diable ! Au minimum…

Peut-être que les Al-Anon ont besoin de pouvoir enfin s’en remettre à d’autres, poser les pieds sous la table, venir quand ça leur chante,  ne pas se sentir responsables…

En attendant, comme je suis insomniaque aujourd’hui, agir, organiser m’est facile. Mais pour combien de temps ?

La colère

Le livre “L’espoir pour aujourd’hui”, bien que destiné aux enfants adultes des alcooliques, me semble bien convenir aux codépendants. Je me retrouve dans toutes les pages, en remplaçant parent alcoolique par parent malade ou indisponible.

Je découvre que la colère est le sentiment qui me nuit le plus.

Chez moi, la colère n’est pas visible, ni explosive, elle se manifeste dans des écrits satiriques et des critiques cinglantes. Manifester sa colère n’est pas concevable dans ma famille et dans mon éducation.

J’éprouve une immense colère d’avoir cru tout ce que j’ai cru, et d’avoir collaboré avec des tyrans pour me martyriser en victime consentante.

J’ai aimé cette idée : apprendre à exprimer honnêtement et calmement ma colère. C’est un pas de plus vers le chemin qui conduit à apprendre à être soi.

La colère

La colère est impensable dans mon éducation.

Elle se manifeste chez moi sous forme de larmes.

Donc hier soir, grosse crise de larmes lorsque quelqu’un me rappelle une procédure, ce que je traduis, du fait de mon immense susceptibilité par :

“Ca ne marche pas comme tu crois, ma petite !”

Et encore :

“Pour qui te prends-tu ?”

Le temps de laisser la raison sêcher mes larmes, car je suis toujours infiniment compréhensive pour tous les arguments des autres, c’est la colère qui prend le dessus et qui se retourne contre moi, car je fais une crise de boulimie, ce qui est rarissime chez moi.

Je me sens mal, je ne m’aime pas du fait de cette colère, je cherche désespérément des interlocuteurs, avant de décider que le mieux c’est de laisser tomber et de me changer les idées devant un film.

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Les origines

J’ai donc grandi dans une famille qui n’était pas alcoolique, mais qui était très névrosée. Si l’on regarde une photo de mon grand-père jeune, on voit un visage dur et ambitieux. Qui contraste fortement avec l’image du grand-père un peu lamentable, qui me reste. Quelqu’un qui a trimé dur, pour une réussite somme toute modeste, bien en deça de ses attentes, probablement.

Pour ses enfants, c’était un homme lamentable, qu’il fallait valoriser à tout prix.

Ca vous dit quelque chose peut-être ?

A mon avis, voilà la névrose de cette partie de la famille, névrose transmissible (mais non génétique, comme chacun sait)…

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Journal d’une co-dépendante

Introduction

Peut-être que tout a commencé dans cette vision. Un banquet, celui de l’anniversaire de mon grand-père et des femmes qui s’inquiètent :

“Il a un coup dans le nez…”

Je n’ai pas d’autre indice qu’il y ait pu y avoir un problème d’alcoolisme à l’origine. Enfin, si peut-être, je n’ai jamais vu d’alcool chez mes grand-parents (à part quelques bières en été, pour les visiteurs).

Tiens, au fait, ma grand-mère ne buvait jamais. Elle disait qu’elle avait peur d’y prendre goût.

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Ne pas géner…

Les psy n’y peuvent rien, car c’est ancré dans mes gènes, toute ma famille est ainsi. Nous sommes formatés ainsi depuis l’enfance. Prêts à nous jeter dans le talus pour laisser passer une voiture, à démarrer en trombe pour ne pas retarder d’une seconde l’automobiliste qui nous suit, à m’effacer devant les gens même s’ils arrivent après moi car je crois sincèrement au fond de moi-même qu’ils sont plus pressés et plus occupés que moi.
En même temps je suis étonnée d’être confrontée à des personnes qui n’ont pas cet état d’esprit. Je ne sais pas me comporter avec elles. D’où une grande difficulté en société.

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