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Les 3M : manipuler, materner, martyre

Mon enfance dans un foyer perturbé par la névrose m’a appris que dire les choses tout simplement pouvait être dangereux. Ainsi j’ai appris à obtenir ce que je voulais par des voies détournées, en contournant les réactions de l’autre, en jouant sur les touches sensibles qui le font agir, et que je connais si bien, comme par exemple jouer à la martyre…

Oui dire les choses simplement, exprimer mes besoins et mes désirs, peut générer des réactions chez l’autre, mais ce sont les réactions de l’autre, elle ne m’appartiennent pas, j’apprends à les affronter, à les supporter, à y survivre.

Materner, c’est encore et toujours mon hobby. Prévenir les besoins des autres, proposer des aides non sollicitées, donner encore et toujours, ce qui conduit à la lassitude, au ressentiment (”après tout ce que j’ai fait, comment se fait-il que ? “), à l’impression d’être martyre.

Je découvre que je suis la personne qui me martyrise le plus.

Plus jamais martyre !

La page du 28 janvier de L’espoir pour aujourd’hui était particulièrement bien adaptée à la journée d’hier.

J’allais, pour une journée, retourner à mes vieux démons, me martyriser en travaillant trop, et cela me remplissait de souffrance par avance.

J’ai la possibilité, le désir, la capacité et le temps de faire tout ce que Dieu me confie, un jour à la fois. S’il me manque une de ces quatre choses, alors je dois lâcher prise en toute humilité et accepter mes limites.

Dans toutes mes journées, je dois me poser la question de savoir si ces 4 conditions sont réunies. Je peux examiner tous mes actes à la lueur de ces 4 critères, et ainsi dire non à la souffrance.

Arbres

Vocabulaire de rétablissement

Rétablissement : le fait d’aller mieux (un jour à la fois).

source : Melody Beattie Codependent’s guide to the twelve steps (traduction et résumé libres).

Addiction : un comportement pour lequel nous n’avons pas de contrôle, qui nous fait du tort mais que nous persistons à avoir.

Agenda caché : un plan secret ou une liste de besoins cachés dont on ne parle pas mais qui contrôle nos relations avec les autres. Pour le rétablissement, il vaut mieux éviter les gens avec un agenda pas sain (par exemple qui ont le besoin d’utiliser les autres et d’abuser d’eux).

Compulsions : des choses qu’on ne peut s’empêcher de faire. Dû souvent au fait de ne pas éprouver nos sentiments. Les comportements compulsifs nous aident à échapper à nos sentiments.

Contrôler : essayer de forcer les évènements, les comportements, la vie. Souvent c’est la peur qui nous pousse à vouloir contrôler.

Déni : le fait d’ignorer ce qui se passe, même sous nos yeux. Nous faisons cela pour nous protéger jusqu’à ce que nous soyons prêts à affronter la vérité.

Détachement : la première leçon de rétablissement. Apprendre les limites entre nous et une autre personne, lâcher prise vis-à-vis des autres, sur ce que nous ne pouvons pas contrôler, sur ce que nous ne pouvons pas changer.

Etre qui nous sommes : être vrai avec nous-mêmes, s’autoriser à exister, s’aimer, s’accepter, se chérir et se nourrir (spirituellement).

Lâcher prise : se donner la permission de se relaxer, et laisser les évènements arriver.

Limites : jusqu’où aller avec les autres, jusqu’où leur permettre d’aller avec nous.

Maternage : se sentir responsable des autres, de leurs sentiments, de leurs pensées, comportements, problèmes, choix et vies. Le maternage nous fait nous sentir utilisés, victimisés, non appréciés, et impuissants dans nos efforts.

Problématique : un point de débat et de controverse, un sujet qui doit être résolu.

Manipulation : essayer d’obtenir ce que nous voulons d’une manière indirecte et malhonnête, parce que nous avons peur de demander ce que nous voulons et d’essuyer un refus.

Nourrir (spirituellement) : tout ce qu’on fait pour cultiver la croissance et les sentiments sains, pour se sentir bien.

Obsession : utilisation de toute son énergie mentale dans des pensées improductives, souvent à propos d’une personne ou d’une situation.

Posséder son pouvoir (Owning our power ~être soi-même) : prendre la responsabilité de soi-même, de penser, ressentir, résoudre les problèmes et trouver son chemin. Pour cela, dire notre vérité, fixer des limites appropriées, ne pas tolérer les abus ou mauvais traitements, et parfois, être vulnérable.

Ressentiment : les ressentiments sont des sentiments de colère que nous n’avons pas traités, résolus, ou sur lesquels nous n’avons pas lâché prise. Ils se développent sur un fond de colère qui n’a pas été complètement ressenti.

Se rendre : accepter, laisser tomber, et laisser sa vie advenir. C’et un concept spirituel.

Travail non terminé : problèmes non résolus, sentiments, incidents passés qui constituent des problématiques auxquelles nous devons nous attaquer (commencer à les étudier).

Victime : quelqu’un qui souffre par sa faute ou la faute des autres. Nous croyions que nous étions des victimes. Nous savons que nous n’en sommes pas.

Une quatrième étape thématique

matin
Le livre de Melody Beattie (Codependent’s guide to the 12 steps) propose comme activité autour de la quatrième étape de s’attaquer à une question qui nous préoccupe.

J’ai commencé cette étape avec d’énormes ressentiments concernant plein de personnes et institutions au travail… pour finir par découvrir que j’avais finalement de bien maigres ressentiments.

Dans cet inventaire de quatrième étape, j’ai recherché, sur la suggestion de Beattie, les situations où je me sentais coupable bien que je n’aie rien à me reprocher.

C’est mon problème actuel, je suis dans le cerveau des autres, et j’intériorise toutes leurs attentes, toutes leurs façons de penser, tous leurs reproches supposés. Je cherche encore et toujours à être parfaite… à leurs yeux…

En plus, les autres me font peur, et la peur est, avec le ressentiment, mon pire ennemi. Je ne suis pas moi-même avec ces personnes dont j’ai peur, je ne leur réponds pas correctement, je dis ce que je crois qu’ils veulent entendre, je ne sais pas m’expliquer, et si je crains tellement les reproches, c’est parce que je crains de ne pas savoir y répondre.

Enfin, j’ai un dernier problème (identifié pour aujourd’hui), j’ai peur d’être lourde, d’être à peine tolérée, de faire perdre du temps aux autres, de leur coller aux basques, d’où une attitude toujours humble et suppliante qui met certains mal à l’aise. J’ai le droit de m’imaginer que certains ont peut-être envie de ma compagnie, et que c’est leur problème, non le mien, s’ils s’ennuient, et que c’est leur responsabilité de prendre congé et de s’éloigner.

Là où il y a du ressentiment, c’est le signe qu’il faut lâcher prise

Robin Norwood décrit si bien dans Ces femmes qui aiment trop, cette attitude qui consiste à en faire trop tout en ayant un dialogue intérieur plein de revendications et le sentiment d’être un martyr.

Comme il est dur de concilier dans la vie des groupes douze étapes la liberté de chacun et la participation pour que le groupe soit fort et vivant !

J’ai souvent envie de pousser des coups de gueule : venez régulièrement que diable ! Participer c’est contribuer à transmettre le message. Faites ce que vous avez dit, que diable ! Au minimum…

Peut-être que les Al-Anon ont besoin de pouvoir enfin s’en remettre à d’autres, poser les pieds sous la table, venir quand ça leur chante,  ne pas se sentir responsables…

En attendant, comme je suis insomniaque aujourd’hui, agir, organiser m’est facile. Mais pour combien de temps ?

La colère

Le livre “L’espoir pour aujourd’hui”, bien que destiné aux enfants adultes des alcooliques, me semble bien convenir aux codépendants. Je me retrouve dans toutes les pages, en remplaçant parent alcoolique par parent malade ou indisponible.

Je découvre que la colère est le sentiment qui me nuit le plus.

Chez moi, la colère n’est pas visible, ni explosive, elle se manifeste dans des écrits satiriques et des critiques cinglantes. Manifester sa colère n’est pas concevable dans ma famille et dans mon éducation.

J’éprouve une immense colère d’avoir cru tout ce que j’ai cru, et d’avoir collaboré avec des tyrans pour me martyriser en victime consentante.

J’ai aimé cette idée : apprendre à exprimer honnêtement et calmement ma colère. C’est un pas de plus vers le chemin qui conduit à apprendre à être soi.

Littérature Al-Anon

Une amie Al-Anon m’a dit que la littérature Al-Anon était la seule autorisée à privilégier, car c’était la puissance supérieure d’Al-Anon qui en dictait l’écriture.

Soit, mais qui peut prétendre n’être qu’Al-Anon ?

Les enfants d’alcooliques ont de fortes chances d’être codépendants.

Et un Al-Anon peut aussi être alcoolique, outremangeur, dépendant des narcotiques.

Al-Anon dit aussi : prenez ce qui vous plaît et laissez le reste. Alors, dans les différentes littératures, je prends ce dont j’ai besoin pour avancer. Le livre “Douze étapes pour les codépendants” m’aide beaucoup.

Il me semble qu’Al-Anon aurait tout à gagner à ne pas se séparer des autres programmes en douze étapes.

Par contre, je suis tout à fait d’accord de ne pas lire Jacques Salomé en réunion.

Al-Anon ; douze etapes ; codependance

Prendre en charge les attentes (supposées) des autres

lausanneParmi les particularités de caractère (déficiences) dont je prends conscience et que je laisse ma PS éliminer, c’est ma propension maladive à prendre en charge les sentiments des autres.

Par exemple, je me projette dans le cerveau de telle ou telle personne de mon entourage, et je formule à sa place des attentes, et j’y réponds sans que la personne ait quoi que ce soit à demander.

Ainsi, je ne la laisse pas exprimer ses besoins d’une part.

Je peux me tromper dans ce que j’invente d’autre part.

Je me fais l’esclave de désirs hypothétiques qui me prennent la tête et me rongent le cerveau.

Par exemple je me dis que telle personne de mon groupe Al-Anon aimerait être rassurée sur la place qu’elle occupe dans le groupe, par un coup de téléphone. Pourtant, lui téléphoner, c’est être encore et toujours dans le contrôle. C’est lui éviter de poser la question (si elle se la pose…)

codépendance ; douze étapes

Echouer pour être aimée…

La quatrième étape suivie d’une sorte de cinquième (avouer à un autre être humain, à mon groupe en l’occurence, la nature exacte de nos torts), m’a propulsée dans la sérénité pendant près de deux mois.

Je suis injuste avec le programme puisque je l’oublie quand tout va bien.

L’appréhension d’une période un peu plus difficile sur le plan professionnel m’a fait renouer avec le programme.

Je lis Melody Beattie (Codependent’s guide to the twelve steps, pas encore traduit en français).

Elle nous suggère de remplacer le terme défauts de caractère par particularités de caractère.

La sixième étape nous dit : “Nous avons pleinement consenti à ce que Dieu (tel que nous le concevons) élimine tout ces défauts de caractères”.

Il suffit de consentir et ça marche : on commence à se rendre compte des particularités de son mode de fonctionnement qui nous empoisonnent la vie.

Ainsi, quand tout va bien, une petite voix angoissante au fond de moi me souffle que, si je réussis trop bien, les gens vont se mettre à me détester…

codépendance douze étapes

Rendre quelqu’un amoureux…

(voir aussi le commentaire de ce billet)

Je voudrais expliquer mieux en quoi cette - allez on va dire déficience, ou plutôt trait de caractère - se rapporte à la codépendance. Ce n’est pas une décision consciente du genre “Tiens, je vais rendre cette personne amoureuse de moi”. Cela se construit dans le cadre d’une relation inauthentique. Je repère quelqu’un qui souffre, je me demande comment je pourrais l’aider, je me mets à l’accabler de petites attentions non sollicitées (un sourire, une invitation à un café, un coup de téléphone). C’est là qu’une deuxième déficience-trait de caractère entre en oeuvre - sans doute la mauvaise estime de soi -. A un moment, je découvre dans le regard de cette personne un signe qu’il m’aime bien, qu’il commence à s’attacher, voire qu’il est surpris et incrédule de mes attentions à son égard. Et, peut-être parce que cela rencontre mon propre besoin d’être aimée et reconnue, je vais me mettre à souffler sur la lueur que j’ai vue, je vais attiser la braise jusqu’à la transformer en passion à mon égard. Passion que je ne partage malheureusement pas, mais que je vais éventuellement feindre, dont je vais même essayer de me convaincre, pendant un certain temps, jusqu’à ce que cela devienne trop dur, trop pesant, malgré tous mes efforts.
Aujourd’hui j’ai pris conscience de ce comportement, et j’ai appris à l’éviter…

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